MOI, DANS MON TEMPS...

Moi dans mon temps ... il n'y avait ni électricité ni eau courante. Quand j'étais jeune enfant, il n'y avait même pas d'eau du tout à la maison, cette vieille maison que mes parents avaient achetée de nos voisins.

Je me souviens à peine d'avoir vu ma mère s'amener de chez ces voisins avec un petit baril d'eau sur un traineau, mais je me souviens très bien de la corvée organisée avec la parenté et les voisins pour creuser un puits artésien sous le vestibule (qu'on appelait tambour) à l'aide d'une pointe d'acier au bout d'un tuyau qu'on soulevait et laissait tomber grâce à un mécanisme simple, un trépied monté sur le toit et un câble passé autour d'une poulie.

Fort heureusement, le sol à Fatima était relativement friable et il ne fallait pas creuser profondément pour trouver de l'eau. Bien entendu on n'avait pas besoin d'une grande réserve d'eau dans le temps et de toute façon, l'eau était pompée à l'aide d'une pompe à bras, bonne pour une profondeur de trente-deux pieds. Il aura fallu tout de même près de 2 jours de travail pour mener le projet à terme. J'y reviendrai à cette pompe à bras quand je parlerai des conditions de vie en hiver. Sans électricité ni eau courante, on élimine d'un coup sec tout ce qui s'appelle commodités et superflus aujourd'hui. Mais ça signifie aussi des conditions d'hygiène corporelle très réduites, des veillées au fanal, du chauffage au charbon (il n'y a pas de bois aux Iles) ou au mazout un peu plus tard, conservation des viandes et des poissons dans la saumure, etc...

Dans le patelin où je demeurais, le réseau électrique a été mis en place en 1952. Je m'en souviens d'autant plus qu'il y avait un poteau à 10 pieds du perron, que ma mère avait peur que ça attire la foudre, et que nous n'avions pas les moyens de nous brancher au réseau. Je m'en souviens aussi parce que dans ce temps-là, on plantait les poteaux à la pelle (une pelle spéciale qu'on appelait d'ailleurs une pelle à poteaux), les monteurs de lignes grimpaient aux poteaux à l'aide d'éperons placés sur leurs bottes de travail, on tendait les lignes à l'aide de chevaux et de palans...tout un spectacle pour un garçon de six ans.

<Étions-nous malheureux pour autant? NON, on ne connaissait pas mieux, nos voisins vivaient comme nous...enfin presque. Après la venue de l'électricité, je vous dirais qu'on était un peu différent des voisins...si bien que 2 ou 3 ans plus tard, ma mère a décidé qu'avec ou sans le sous, on allait nous aussi nous éclairer à l'électricité; on a même eu droit à une laveuse à tordeur quelques années plus tard. Je parle de la laveuse parce que ça me concernait aussi; avant cette acquisition, j'étais, avec ma mère, préposé au bras de la laveuse et au tordeur à main les lundis d'été.

Avec l'électricité, ma mère s'est même offert un petit moteur avec une commande à pédale pour actionner la machine à coudre et un transformateur permettant d'électrifier le radio à lampes (plus besoin de limiter le temps d'écoute pour ménager la batterie).

On venait d'entrer dans l'ère du progrès.

À VENIR ÉVENTUELLEMENT

Moi, dans mon temps...la religion
Moi, dans mon temps...la pêche
Moi, dans mon temps...l'agriculture
Moi, dans mon temps...la femme au travail
Moi, dans mon temps...la garderie
Moi, dans mon temps...les soins de santé
Moi, dans mon temps...les déplacements
Moi, dans mon temps...les élections
Moi, dans mon temps...